Des premières productions au pseudonyme Stromae
Paul Van Haver commence à produire de la musique au cours des années 2000. Il utilise d’abord le pseudonyme Opsmaestro avant d’adopter Stromae, construit à partir du verlan du mot « maestro ».
Ses premiers projets se développent dans un environnement indépendant et artisanal. Il compose, écrit, enregistre et produit lui-même une partie importante de sa musique. Cette autonomie technique constitue déjà l’un des fondements de sa future méthode de travail.
À la fin des années 2000, les Leçons de Stromae jouent un rôle essentiel dans sa visibilité. Dans ces capsules diffusées en ligne, il montre comment il fabrique ses morceaux, programme ses rythmes et construit ses mélodies. Cette présentation pédagogique installe l’image d’un artiste à la fois accessible, méthodique et profondément impliqué dans la production.
Cheese et le succès mondial d’Alors on danse
En 2009, Alors on danse transforme radicalement sa carrière. Composé autour d’une boucle électronique minimale et d’un texte consacré à la fatigue, au travail, aux dettes et au besoin d’évasion, le morceau devient un succès dans de nombreux pays européens.
Cette chanson fixe l’un des principes centraux de l’œuvre de Stromae : utiliser une musique immédiatement dansante pour aborder une réalité sociale ou intime beaucoup plus sombre.
Son premier album, Cheese, paraît en 2010. Il contient notamment Alors on danse, Te Quiero, House’llelujah et Rail de musique. L’album révèle un jeune producteur capable de relier musique électronique, chanson narrative et culture populaire.
Racine carrée et la consécration internationale
Avec Racine carrée, sorti en 2013, Stromae franchit une nouvelle étape. L’album élargit son langage musical et accorde une place encore plus importante aux clips, à la mode et à la scénographie.
Des titres comme Papaoutai, Formidable, Tous les mêmes, Ave Cesaria et Carmen deviennent des références de la pop francophone des années 2010. Stromae y traite notamment de l’absence paternelle, de la rupture, des rapports entre les femmes et les hommes, des réseaux sociaux et de la marchandisation des relations humaines.
La tournée associée à l’album confirme sa dimension internationale. L’artiste se produit en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord, notamment au Madison Square Garden de New York. Les concerts se distinguent par une mise en scène extrêmement précise, inspirée par le graphisme, les émissions télévisées anciennes, la mode et le théâtre musical.
Le retrait progressif et la diversification créative
Après plusieurs années de tournée et d’exposition médiatique intense, Stromae réduit progressivement ses apparitions publiques. Il évoque par la suite les conséquences du surmenage ainsi que les effets secondaires d’un traitement antipaludique.
Cette période ne correspond toutefois pas à un arrêt complet de son activité. Il poursuit des travaux de composition, de production et de direction artistique. Il intervient notamment dans des projets liés à Orelsan, Bigflo & Oli, MHD, Vitaa et d’autres artistes francophones.
En parallèle, Mosaert prend une importance croissante. La structure devient le principal laboratoire créatif de Stromae, de Coralie Barbier et de Luc Van Haver. Elle développe des projets dans la musique, l’audiovisuel, la mode, le design et la communication visuelle.
Le retour avec Multitude
Stromae revient au premier plan en octobre 2021 avec Santé, chanson consacrée aux travailleurs qui restent actifs pendant que les autres célèbrent. Le titre associe une écriture sociale à un rythme inspiré notamment de la cumbia.
En janvier 2022, il dévoile L’Enfer lors d’une intervention au journal télévisé de TF1. La réponse donnée à une question de la journaliste se transforme progressivement en performance chantée. Cette mise en scène marque fortement le public et replace les questions de dépression et de pensées suicidaires au centre du débat médiatique.
L’album Multitude paraît en mars 2022. Son titre traduit la diversité des identités, des voix et des influences mobilisées. Stromae y intègre des éléments de musique électronique, de chanson, de rumba congolaise, de cumbia, de musiques asiatiques et d’instrumentations traditionnelles.
Le Multitude Tour accompagne cette sortie avec un dispositif scénique ambitieux : écrans mobiles, avatars numériques, musiciens en direct, chorégraphies, instruments acoustiques et éléments robotisés composent un spectacle pensé comme une œuvre visuelle complète.
L’interruption du Multitude Tour
Après plusieurs annulations, Stromae annonce en mai 2023 qu’il ne peut pas poursuivre sa tournée pour raisons de santé. Les concerts restants sont annulés afin de lui permettre de se rétablir.
Cette décision marque le début d’une nouvelle période de retrait public. L’artiste ne communique pas de diagnostic détaillé et privilégie une présence médiatique limitée. En l’absence d’annonce officielle, aucune date de nouvel album ou de reprise complète des tournées ne doit être considérée comme confirmée.
Une activité plus sélective depuis 2024
Depuis l’arrêt du Multitude Tour, Stromae reste présent à travers des projets choisis. En 2024, le spectacle est prolongé par Multitude, le film, une captation conçue à partir des concerts enregistrés avant l’interruption de la tournée.
La même année, il retrouve un important succès musical avec Ma meilleure ennemie, enregistrée avec Pomme pour la deuxième saison de la série d’animation Arcane. Le morceau connaît une diffusion internationale rapide et devient l’une de ses collaborations les plus remarquées depuis Multitude.
En décembre 2025, l’Université libre de Bruxelles et la Vrije Universiteit Brussel lui décernent conjointement un doctorat honoris causa. Cette distinction souligne la portée musicale, visuelle, sociale et internationale de son œuvre ainsi que son lien avec Bruxelles.
En mars 2026, Stromae réapparaît exceptionnellement sur scène à l’ING Arena de Bruxelles pendant un concert d’Orelsan. Les deux artistes interprètent La Pluie, morceau publié initialement sur l’album La fête est finie. Cette apparition constitue un événement important pour le public, mais ne s’accompagne d’aucune annonce de tournée solo.